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jeudi 25 août 2016
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Crash - Retour à la réalité

Samedi matin
Je me réveille... Un peu dans le brouillard. On m’explique le fonctionnement de la pompe à morphine.
J’arrive pas à beaucoup manger...
Mais les infirmières ne me forcent pas.
Je suis connecté en permanence à une machine pour avoir ma saturation en oxygène dans le sang. D’ailleurs, j’ai des tubes d’oxygène dans le nez.
Une infirmière me demande de boire : elle me mets la pression en me parlant d’insuffisance rénale... D’ailleurs, je ne me sens pas pisser. Bref, angoisse.

En fait, entre la perfusion qui me donne pas mal d’eau et la sonde qui me permet d’éliminer sans le sentir, ça se passe bien, mes reins fonctionnent bien.

J’ai mes premières visites (coucou Zaz, Coucou Nadine).
Elles m’expliquent ce qui m’est arrivé. Et oui, je n’ai toujours pas de souvenirs de cette journée, ni de l’accident.

D’après deux témoins, le directeur technique et un para qui a pas mal de sauts, je me suis présenté pour l’atterrissage comme d’habitude. Pas mal de vitesse mais pas trop bas et près du sol, une turbulence a plaqué ma voile à gauche. D’après le para, ma voile avait une drôle de forme à ce moment la. D’après le DT [1], j’aurais en plus ajouter de la rotation à gauche par mauvais réflexe. Beaucoup de vitesse horizontale (on arrive à des vitesses proches de 100 km/h) et peu de vitesse verticale.

Bref, un coup de malchance. J’ai pas fait de connerie, pas d’imprudence, juste pas eu de chance.

Par contre, au vu des dégâts, j’ai eu beaucoup de chance : je suis vivant. Je ne suis pas paralysé. Je devrais pouvoir remarcher sans trop de séquelles et peut être ressauter...

Mon ange gardien a eu une seconde d’inattention.
Et dire que ça m’arrive la semaine ou je suis encore plus prudent :
Y a 3 ans, on a fait un saut qu’on aurait jamais du faire. Une couche nuageuse est située entre 600 et 800m avec des trous. On largue des élèves la dedans et on saute. Tout ce finit bien, mais on est pas fier de nous.
Cette semaine, situation similaire en pire. La couche est entre 400 et 600m, très compacte, sans trous. J’attends 1000m pour prendre la décision après avoir demandé son avis à un autre para expérimenté. Lui ne sait pas trop. Pour moi, c’est limpide : "on redescend". Le pilote est pas content, j’aurais pu lui dire plus tôt. Pas facile a lui faire comprendre que je devais passer au dessus de la couche pour en connaître l’épaisseur et si il y a des trous. Toujours est il que à 1500m et après en avoir parlé avec le sol, il redescend.
Une fois posé, le para à qui j’avais demandé son avis me confirme ma décision : il ne fallait pas y aller. D’ailleurs, on arrête la séance...

Pour la première fois de ma vie de para, je prends seul une décision importante pour ma sécurité et celles des autres et 5 jours plus tard, je me blesse grièvement...

Je suis amer, y a pas de justice.

Je suis toujours dans le brouillard le dimanche. L’état de choc et la morphine doivent y être pour quelques choses.

Le lundi, je me réveille en pleine confusion : j’en parle a l’infirmière. J’ai l’impression d’être dans un rêve dont je n’arrive pas a sortir. J’ai l’impression que tout ça n’est pas arrivé. Je ne souffre presque pas et toujours pas de souvenirs de l’impact. Mais elle me confirme la mauvaise nouvelle : je suis bien a l’hôpital, très grièvement blessé même si mon pronostique vitale n’a jamais été engagé.

Me voila engagé dans dans une opération de reconstruction. Je suis un patient, et je comprends maintenant la signification de ce terme : je vais devoir être patient avant de retrouver une vie à peu près normale.

Notes

[1Directeur Technique




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